Tuesday, 21 November 2017

Emergence d’un écosystème Big data

Le big data est souvent perçu comme une ‘fonction d’ubérisation’, un ‘choc de simplification’.
Il y a fort à parier que bien au contraire, le big data ( i.e. la digitalisation des relations économiques, sociales…) amène à l’émergence de nouvelles compétences et de nouveaux métiers : nouvel épisode de la division des tâches – spéciation, dirait un biologiste.
Stuart Kauffman a bien décrit dans ses derniers livres ( InvestigationsReinvented the sacred) le phénomène autocatalytique d’explosion de nouvelles niches.

L’écosystème big data voit l’externalisation partielle des tâches d’analyses traditionnellement dévolues au management des entreprises de type A (métiers ‘traditionnels’ : retail, banque, assurance…) à des entreprises de type B (souvent des startups : TinyClues, Proxem, Quid… ) qui exploitent des données fournies par des tiers C (réseaux sociaux, GAFA, cartes de crédit…) ou internes à A.
\(C\, / A  \leadsto B \leadsto A\)
Cela ne signifie pas que la totalité de la réflexion est déléguée à B. Les tâches de B sont en fait relativement ‘bas niveau’. Elles output des ‘analytiques’ qui aident A à construire des stratégies informées. Exemples (B = Quid.com):

Quid représente un compromis intéressant dans la relation Human /Machine, dans la même perspective que King et al. « Computer-Assisted Keyword and Document Discovery from Unstructured Text », ou celle de Ganascia / Floridi : ne pas jeter le bébé avec l’eau : mieux utiliser la compétence humaine : « push the boundaries of human intelligence ». Plus que jamais le sur mesure is your job, la machine « n’y entend goutte », mais des briques algorithmiques fondamentales démultiplient l’exploration humaine.
«  As an illustration, the way semantic information is extracted from data can neither be reduced to the sole  induction, i.e. to a generalization from particulars, nor to a representation in a universal digital ontology. The knowledge, which is relevant semantic information, takes its sense within interpretative processes, at a Level of Abstraction and in a given Context, i.e. with respect to the key concepts of the Philosophy of Information (Floridi, 2010). More generally, most of the open problems of Philosophy of Information can be enlightened by being envisaged under the light of the opposition between the “Sciences of nature” and the “Sciences of culture”. » Ganascia, EpistemologyAI


Il est tout à fait vain d’imaginer un traitement unique de ‘la’ data. Les sources de data sont hétérogènes, et le seront de plus en plus. Des acteurs nouveaux apparaissent chaque jour, dotés de compétences spécifiques, comme c’est par exemple le cas dans le domaine scientifique depuis fort longtemps. D’ailleurs, ‘le’ domaine en question ne cesse de se réinventer, au gré des découvertes scientifiques et techniques, soumis à ces mêmes forces autocatalytiques dont il était question il y a un instant. Le fantasme d'une AI venant uberiser toute forme de créativité humaine a toutes les résonances d'un conte messianique ou (plus probablement) d'une escroquerie. Là aussi,  préadaptation et new unprestable adjacent possible à la Kauffman devrait refroidir certaines illusions.
(Voir aussi à ce sujet Floridi)
Il est ainsi peu probable que A ait intérêt à internaliser intégralement sa gestion big data : le big data, manifestation ecosystémique, implique des chaines de dépendances ad infinitum, et donc la ‘délocalisation’ de la data : toute data – aussi déportée soit elle - est potentiellement pertinente pour A. La soudaineté et la technicité de B plaide aussi en faveur de l’externalisation. Autrement dit, pour encore un moment, le ‘sens’ de l’histoire est plutôt que A continue à externaliser le big data vers des acteurs B spécialisés par métier.
Cette tendance va à l’encontre du mouvement de constitution de vastes DSI internes à A dans les années 1990-2000.
Il n’y a pas de raison que le graphe ci-dessus ne soit pas plus ramifié : \(B_n  \leadsto B_{n-1}... \leadsto A\)
Dans le cadre d’une théorie de l’apprentissage, on dirait que l’information est traitée via un réseau profond. Chaque acteur dans la chaine interroge un niveau organisationnel de la réalité. Cette conception va évidemment à l’encontre des positions réductionnistes, qui en physique ou en biologie en particulier voire en mathématiques n’ont jamais fini d’épouvanter, figure du Commandeur toujours renaissante. (pour les maths CF Zalamea et Patras)



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