Saturday, 29 March 2025

FRCXIII : perfectio : Phèdre, Place royale


            Phèdre 

Mon mal vient de plus loin. A peine au fils d’Egée

Sous ses lois de l’hymen je m’étais engagée,

Mon repos, mon bonheur semblait être affermi ;

Athènes me montra mon superbe ennemi :

Je le vis, je rougis, je pâlis à sa vue ;

Un trouble s’éleva dans mon âme éperdue ;

Mes yeux ne voyaient plus, je ne pouvais parler ;

Je sentis tout mon corps et transir et brûler ;

Je reconnus Vénus et ses feux redoutables,

D’un sang qu’elle poursuit, tourments inévitables.

Par des vœux assidus je crus les détourner :

Je lui bâtis un temple, et pris soin de l’orner ;

De victimes moi-même à toute heure entourée,

Je cherchais dans leurs flancs ma raison égarée :

D’un incurable amour remèdes impuissants !

En vain sur les autels ma main brûlait l’encens :

Quand ma bouche implorait le nom de la déesse,

J’adorais Hippolyte ; et, le voyant sans cesse,

Même au pied des autels que je faisais fumer,

J’offrais tout à ce dieu que je n’osais nommer.

Je l’évitais partout. O comble de misère !

Mes yeux le retrouvaient dans les traits de son père.

*

comparer et opposer à Alidor (La place royale, Corneille)

ALIDOR.

Comptes-tu mon esprit entre les ordinaires ?

Penses-tu qu'il s'arrête aux sentiments vulgaires ?

Les règles que je suis ont un air tout divers :

Je veux la liberté dans le milieu des fers.

205  Il ne faut point servir d'objet qui nous possède ;

Il ne faut point nourrir d'amour qui ne nous cède :

Je le hais, s'il me force ; et quand j'aime, je veux

Que de ma volonté dépendent tous mes voeux,

Que mon feu m'obéisse au lieu de me contraindre,

210  Que je puisse à mon gré l'enflammer et l'éteindre,

Et toujours en état de disposer de moi,

Donner quand il me plaît et retirer ma foi.

Pour vivre de la sorte Angélique est trop belle :

Mes pensers ne sauraient m'entretenir que d'elle ;

215  Je sens de ses regards mes plaisirs se borner ;

Mes pas d'autre côté n'oseraient se tourner ;

Et de tous mes soucis la liberté bannie

Me soumet en esclave à trop de tyrannie.

J'ai honte de souffrir les maux dont je me plains,

220  Et d'éprouver ses yeux plus forts que mes desseins.

Je n'ai que trop langui sous de si rudes gênes :

À tel prix que ce soit, il faut rompre mes chaînes,

De crainte qu'un hymen, m'en ôtant le pouvoir,

Fît d'un amour par force un amour par devoir.


*

J’offrais tout à ce dieu que je n’osais nommer.

vs

la liberté dans le milieu des fers.
















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