Serge Galam propose une théorie des élections, exposée notamment dans https://arxiv.org/abs/1609.03933, qu’il tente d’appliquer parfois. Il s’est penché en particulier sur le cas de Trump en 2016, et à nouveau cette année.
L’approche adoptée est assez élégante, en ce sens qu’elle tente de produire du non trivial avec une grande économie de moyen, qui sont :
l’attention portée à des symétries propre à l'émergence d’une majorité localement, et leur articulation avec une hypothèse relevant à la psychologie.
des symétries de types d'électeurs.
Dans le cadre de l'hypothèse 1, Galam porte en effet son attention sur les cas de groupes de tailles paire et impaires, et note que la question de la majorité se pose dans le cas impaire.
Le modèle imagine ainsi une dynamique de population, comme on peut en voir en épidémiologie.
Cependant, autant en épidémiologie des équations comme le modèle SIR (cf https://en.m.wikipedia.org/wiki/Compartmental_models_in_epidemiology) ne posent pas grande difficulté théorique, même si bien sûr il s'agit d’une approche phénoménologique assez grossière - dans la mesure où le phénomène en jeu est plus biologique que culturel ou social, autant cette approche dans un contexte de société humaine peut laisser songeur.
L’hypothèse 1 inclut l’hypothèse psychologique suivante : dans le cas impaire, la règle est celle du préjugé : il existe en effet un préjugé qui est plus favorable à l’un ou l’autre candidat. La brisure de la symétrie de parité est donc l’occasion pour Galam d’introduire un élément clef de son modèle, cette force présumée du préjugé. Galam cite notamment : racisme, sexisme, …. Pour 2020, il mentionne surtout la peur, et voit ce préjugé de fait actionnable par les 2 candidats.
en 2. Galam brise la symétrie supposée des électeurs en introduisant des irréductibles : ceux-ci ne modifient jamais leur jugement. On peut se douter que Galam n’a pas de mal à montrer qu’une différence même faible de proportion de ce type d’électeurs en faveur de l'un ou l’autre des candidats a un gros effet sur la dynamique de l’équilibre.
Bien que le modèle soit économe d’hypothèse, on peut se demander si il l'est encore assez. Certes il a vocation à produire une non linéarité ‘minimale’. Mais il est clair que numériquement parlant, Galam ne peut en aucun cas faire de prédiction, faute de données en rapport avec ses hypothèses. Dans l'article cité, Galam conclut plutôt sur la ‘bonne’ stratégie pour Trump.
Je serais tenté de considérer que le modèle vraiment minimal dans l’esprit de Galam se résume à préjugé + irréductibilité. En effet son pari sur la ré/élection de Trump en 2016/20 porte sur son jugement sur la personnalité de Trump, qu’il perçoit exemplairement capable de produire préjugé et irréductibilité. La dynamique du modèle lui-même n’apporte a priori pas grand chose de substantiel par rapport à ces hypothèses : on pourrait en imaginer d'autres de même eau, conduisant plus ou moins au même résultat. en quelque sorte le modèle se résume à 2 symétries brisées :
0 / préjugé, 0 / irréductible
(0,0) représentant un monde où les élections sont totalement non biaisés du point de vue de la dynamique proposée. L'artifice de l'irruption d'un préjugé dans les groupes impaires n'est qu’un artifice phénoménologique, certes assez commode mathématiquement, mais sans doute invérifiable empiriquement.
S'agissant de 'recommandations' stratégiques, cela devrait suffire aux candidats...
On peut d'ailleurs se demander si il ne s’agit pas surtout pour Galam de proposer un modèle ad hoc pour ‘rendre compte’ d’un vote ‘populiste’, propre à exciter [au sens physique du terme] des comportements du type de ceux dont Galam fait l’hypothèse.
En tout état de cause, Galam pose indirectement, via ce modèle de brisure de symétrie 0 / préjugé, 0 / irréductible, une question intéressante : le processus de décision collective est il biaisé négativement chez les humains ? Si biais il y a, est-il plutôt de nature irraisonné / inconscient que raisonné / objectivé ? Autrement dit : verra t on plutôt spontanément émerger d’un processus démo-cratique des monstres [CF Forbidden Planet] plutôt que des Dieux / “amour de la sagesse” [philosophia] ?
Un aspect probablement plus essentiel que la dynamique étudiée par Galam est l’intensité de la brisure de la symétrie 0 / préjugé.
En particulier, il y a quelques raisons d’imaginer que la peur par exemple puisse avoir un effet considérable, consistant à une polarisation complète k = 1 dans l’approche Galam. (l’état symétrique consistant en k = ½ ). autrement dit c’est la fonction
prejudice type -> Symetry breaking intensity
qui est véritablement importante. Chez Galam, Symetry breaking intensity = |k-½ |
Une question que l’on peut encore poser est l’importance du medium de communication.
La question prend une singulière résonance en cette année 2020 où rarement le concept de village planétaire n’a eu plus raison d’être, quand une force mimétique inouïe a fait s'aligner des politiques du monde entier, à distance de la raison scientifique.
Chez les Grecs, la peur est Pan-ique. Il s’agit d’un effet troupeau. Donc la masse m du medium importe, puisqu'elle agit comme le champ moyen perçu par l’individu :
prejudice type, m -> Symetry breaking intensity
La peur, dans un monde totalement connecté livré à lui-même, même doté d'un processus délibératif organisé, risque d'avoir un fort impact. N’est-ce encore pas ce qui a été mesuré sur les marchés financiers en Mars dernier ?
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