Sunday, 4 July 2021

abstractio philologica


Il serait amusant de voir ce qui surviendrait dans nos 'sciences humaines' si soudainement on prenait au sérieux l’impératif platonicien : Άγεωμέτρητος μηδείς είσίτω

Sans même entrer en territoire catégorique,  il est manifeste que \( a\in B \) , \(B\) un ‘ensemble’ et \(a\) un de ses éléments représente encore aujourd’hui une saisissante abstraction en complète rupture, certes pas avec les sciences, littéralement portées par elle, mais avec à peu près tout le reste de nos langages, essentialisants par un indécrottable atavisme.

Car certes poser \( a\in B\), c’est pour ainsi dire, se moquer : qui donc est ce \(a\), qui se dit de \(B\) ? Anne, duchesse de Bretagne, comtesse de Montfort et d'Étampes, reine des Romains, de Naples et de France, on y voit clair. Mais ce(tte) \( a\) de \(B \) ? Pour qui vous (nous) prenez vous ? 

L'essence, comme le parfum, chassée avec force protestation de rigueur conquise sur les 'erreurs' passées est presque toujours prestement réintroduite en toute bonne conscience.

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Prenez cette théorie de la lecture : De la sémantique structurale à la sémiotique des cultures.

La sémantique interprétative,  résolument holistique (opposée au principe compositionnaliste,  le global détermine le local), distinguant raisonnablement macro et méga sémantique (texte  / document / corpus) , semble bien ancrée en terre structuraliste : 

Sans hypothèses sur la théorie de la connaissance ou sur l’ontologie, la sémantique interprétative ne traite ni des représentations, ni des objets du monde. Elle décrit en effet le sens des langues et des textes oraux et écrits sans faire appel à des réalités conceptuelles ou mondaines, mais comme le produit de différences entre signes et autres unités, tant en contexte qu’au sein des textes et des corpus.

Les sciences sociales auraient-elles donc finalement trouvé un ancrage dans l’invariance (‘structuraliste’)  ? pas si vite.

Las, on s'empresse de ré-essentialiser, sitôt abattues les essences jugées dépassées.

Sous couvert de rayer toute ontologie, on ne laisse pas d’en produire une, sortie toute armée du politique : celle du texte, ou plus généralement de l’objet culturel.

Car la culture est bien le culte contemporain, le nouveau topos du politique.

C’est qu’il y a un hic de méthode : où sont donc les ‘bonnes’ limites herméneutiques ?

Il faudra être bon chasseur, voilà tout. Et en effet on nous le dit bien clairement  : 

Un corpus est un regroupement structuré de textes intégraux, documentés, éventuellement enrichis par des étiquetages, et rassemblés : (i) de manière théorique réflexive en tenant compte des discours et des genres, et (ii) de manière pratique en vue d’une gamme d’applications.

Quelques précisions s’imposent ici. (i) L’archive réunit l’ensemble des documents accessibles pour une tâche de description ou une application. Elle n’est pas un corpus, parce qu’elle n’est pas constituée pour une recherche déterminée. (ii) Le corpus de référence est constitué par l’ensemble de textes avec lequel on va contraster les corpus d’étude. (iii) Le corpus d’étude est délimité par les besoins de l’application. (iv) Enfin les sous-corpus de travail varient selon les phases de l’étude et peuvent ne contenir que des passages pertinents du texte ou des textes étudiés.

Où l’on retrouve l'intentionnalité créatrice de sens, b-a-ba du kantisme. Question : quelle est donc l’intention de Rastier dans ses ‘études’ heideggériennes, un rien don quichottesques, et bel exemple d'instrumentalisation de ce type de récit culturel ? Visiblement rien au-delà de celle d'Emmanuel Faye.

Car il est non moins cocasse de ne lire Heidegger que depuis son environnement immédiat certes 'politiquement chargé’ que de prétendre que son œuvre traverserait 20 ans de national-socialisme en toute transparence.

Faudra-il aussi confiner le premier Hergé dans des bibliothèques réservés aux Autorisés-à-lire ?

Toujours suivant Rastier T(/S)otorisant, on se demande si la lecture d’Homère est seulement possible (autorisée ?) sachant que nul corpus ne nous en in-di/que/cte la ‘bonne’ lecture. Pas plus que nous ne savons lire l’allemand, nous ne savons le grec ancien. Et je m'interroge gravement sur notre capacité à lire Shakespeare et Dante.

(Zagdansky faisant son affaire à FR : (début de ) https://youtu.be/Ne3MUlsnPKw

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Visiblement, Rastier ne parle pas le mathématiques. Il est tout à fait étonnant que l’assise structuraliste dont il se prévaut (Saussure), qui aurait dû le mettre sur la voie (à défaut de plus de fréquentation des maths), le laisse marcher si loin dans le vide. Il ne semble pas s’apercevoir que l'étroitesse de sa réflexion condamne aussitôt :

  • l'arithmétique d'un morveux de 3 ans qui comptant sur ces doigts, compte n'importe quoi
  • toute “application” des maths à l'entièreté du champ scientifique : comment, en effet, (trans)porter les mathématiques hors de leurs frontières, jusqu’en biologie ? sociologie ? économie ?
  • La langue catégorique, transductive, comme doit l'être tout langage : ponts fonctoriels (Grothendieck), toposiques (Caramello), au cœur des mathématiques du XX/Ie s.
L'infini est cet indéfini que même un richissime Gromov n'enserre pas. (“\( 10^{10^{10}}\) is not quite a finite number”, Ergobrain). Si lire \(B\) c'est l'illuminer depuis un \(a\), il n'est pas de pré-liste (S. Kauffman : unprestatable) dans laquelle puiser \(a\) a priori : $$ a \rightarrow B $$Et il n'est pas même certain que l'on ne puisse dépayser Heidegger jusqu'à le lire depuis Robbe-Grillet. Ceci peut s'appeler : liberté (qui donnait aussi la nausée à ce bout en train de Sartre)


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