Saturday, 12 October 2024

FRLXXIII: Crébillon: Récit du nonn 3

 

LETTRE III






Nous avons tous deux, Monsieur, également à nous plaindre, vous de ne m'avoir pas rencontrée chez moi, moi de ne m'y être pas trouvée, puisqu'il en résulte pour chacun de nous la peine d'écrire, et qu'il y en a peu qui, de notre aveu, nous coûte autant que celle-là. Je ne sais si sur ce point, vous ne m'avez pas exagéré vos répugnances; mais quant à moi, il est de toute vérité que ce n'est jamais sans avoir eu besoin de m'y exhorter longtemps, que je me détermine à prendre une plume. Après ce petit préambule, je vais, pour ne pas écrire plus longtemps qu'il ne faut, soit pour votre commodité, soit pour la mienne, passer tout de suite à ce que j'ai à vous dire.

*effectivement, ironie d’un préambule où la Duchesse dénonce une paresse curieusement démentie par une lettre outrageusement longue… comprendre que le temps passe plus ou moins vite selon la motivation que l’on trouve à écrire, i.e., à qui l’on écrit…*


Il y a certainement beaucoup de finesse dans vos conjectures; et peut-être avez-vous mis plus d'art encore dans la façon dont vous me les avez présentées, qu'en croyant me deviner si bien, vous n'avez dû intérieurement vous attribuer de sagacité.

*vous croyez être malin en tentant de me deviner : me deviner vous est un soucis : mon cœur vous intéresse*


Votre dessein, en les offrant à mes yeux avec tant de précautions, était-il que je ne les saisisse pas? Il m'a paru que non: serait-il que je les discutasse? L'un est plus probable que l'autre; et me serait aussi plus agréable à tous égards, si différentes raisons ne m'interdisaient sur cela, je ne dis pas une discussion bien étendue, mais même, toute espèce de discussion.

*des raisons objectives : la relation Cercey / L.V. mais aussi subjectives : mon cœur ne vous est pas (encore) ouvert, et surtout un inavouable : d’où le nonn.*


La crainte qu'en cherchant à vous prouver le peu de fondement de vos soupçons, je n'allasse machinalement plus loin que je ne voudrais, m'oblige donc de laisser au temps, à vous désabuser de ce que vous croyez aujourd'hui. Toute nécessitée, cependant, que je suis à me renfermer à cet égard dans le silence le plus profond, je n'en ai pas moins cru que je ne pouvais glisser absolument sur les idées que vous vous êtes faites, sans leur donner dans votre esprit un degré de force qu'il ne me convient pas qu'elles aient.

*selon son habitude, la Duchesse commence par faire une déclaration de non discussion, pour la phase suivante, la contredire. nonn bien tendre oblige*


Non, assurément, que je vous croie capable de les répandre; mais il est tout simple, ce me semble, qu'on n'aime point à laisser de soi une idée désavantageuse, et fausse par-dessus le marché. Je ne suis pourtant pas assez injuste pour être blessée, autant que vous me paraissez le craindre,

*assaut de préciosité et de magnificence : injuste, blessée, craindre : La duchesse entend en son fond la nature de l’inquiétude du Duc, et n’aura donc pas le ridicule d’affecter l’étonnement… quand elle s’en félicite bien au contraire.*


de ce que ma dernière Lettre vous a fait penser de moi; je sais que j'y ai donné lieu; et qu'à ce que je vous écrivais, il vous était presque impossible de ne pas croire du genre le plus tendre, l'intérêt que j'y montrais pour M. de Cercey. Je ne me suis pas même un seul instant abusée sur cela; l'ai bravé.

*La lettre II exposait la demande de la Duchesse d’éloigner Cercei de Mde de Li. Probablement encore un subtile stratagème : officiellement par amitié pour Cercei, en fait tout autant ou plus pour provoquer le Duc : qui effectivement a réagi au quart de tour… de fait, la Duchesse reconnait ironiquement que c’était impossible de lire autrement sa démarche, confessant à demi la possibilité d’un stratagème .*

Ce n'était pas que je vous misse sans beaucoup de répugnance, dans le cas d'avoir de moi, une opinion si différente de l'opinion que vous paraissiez en avoir prise; mais je n'en ai pas été malgré cela, plus arrêtée sur l'objet qui conduisait ma plume, et réglait mes démarches. Vous vous êtes, ou je suis bien trompée, vivement repenti d'avoir cru que mon cœur n'avait jamais été engagé, ou du moins, qu'il était libre:

*le fond du stratagème, libre… ou pas ? comme toujours : jeu à double fond : la duchesse est officiellement libre, bien que son attitude ait laissé – sciemment - penser le contraire au Duc, en fait elle ne l’est point, puisqu’il occupe entièrement son intérêt. Le Duc s’est-il seulement repenti de s’être laissé abusé ? mais surtout, pourquoi la Duchesse dût-elle tant se soucier de ce que le Duc pense de sa liberté ? ce souci est de fait en complète contradiction avec l’apparente indifférence quelle prétend afficher dans ce début de correspondance.*


eh bien! vous vous trompiez, cependant, si peu, soit sur le présent, soit sur le passé, qu'il ne tient absolument qu'à vous d'être encore à cet égard comme vous étiez; et de compter sur ma parole, que vous n'aurez point à vous en repentir.

*bien qu’elle mente à la lettre, le Duc n’aura pas à se repentir d’avoir cru en sa parole, i.e. sa parole essentielle : sa foi… Il peut aussi, affirme-t-elle, croire non seulement en sa (pseudo) liberté actuelle, mais aussi qu’elle n’a jamais été engagée : un puissant agrément pour son amant, gage de vertu, promesse de l’attachement le plus tendre.*


Si vous m'eussiez plus particulièrement connue, ou que, depuis que vous me voyez, vous eussiez pris la peine de m'étudier un peu, vous auriez, sans doute, été moins prompt à penser qu'au lieu de la vertu, ou de l'indifférence que jusques alors vous m'aviez attribuée, je ne possédais que l'art de me masquer mieux qu'une autre.

*le nonn, exactement : le masque que je porte est pour vous, mais il est (la) vertu : voile. Il faudra m’étudier davantage, il faudra me rechercher (fusse dans ma retraite, cf fin de la lettre) *


Je vous avais même écrit que vous pourriez savoir un jour, ce qui me faisait prendre tant d'intérêt à M. de Cercey; et cela pouvait vous faire suspendre votre jugement: mais il est si singulier qu'une femme de mon âge, et qui est dans le monde depuis quatre ans, s'y soit maintenue dans une entière liberté, que je ne serais pas surprise de vous trouver assez peu de disposition à me croire sur cela sans en avoir de meilleurs garants que mon propre témoignage, et même que ce qu'en semble penser le Public. Je ne sais de plus, si j'aimerai jamais; je tâcherai que non; mais, si ce malheur m'arrivait, il serait tant dans mon caractère que mon amant et moi fussions les seuls qui le sussions; et vous m'avez vue tant de fois m'élever contre l'usage qui s'est introduit parmi nous, de ne point dissimuler ce qui se passe dans notre cœur, que vous auriez dû moins facilement croire que je vous ouvrais, et avec tant de légèreté, le mien sur un point si délicat.

*le secret des secret : non seulement vous n’aurez d’aveu qu’ultimement, c’est le non, mais vous devrez encore le préserver absolument : car le nonn devient un nonns:  un non (déni) public de la liaison de nos deux noms. Position étayée par les nombreuses parodies de couples dont la Duchesse illustrera ses prochaines lettres.*


J'ai pris, je l'avoue, pour enlever M. de Cercey à une fantaisie qui me paraissait déshonorante pour lui, une voie assez extraordinaire; mais c'était, à mon sens, le moyen même que j'employais qui devait vous rendre plus circonspect sur les inductions que vous aviez à en tirer: car enfin, si je l'avais aimé, n'aurait-ce pas été plus à lui qu'à vous que j'aurais imaginé d'écrire? Et, en supposant de toute inutilité, les représentations que j'aurais été en droit de lui faire, croyez-vous que j'eusse attribué à l'amitié, un pouvoir que l'amour n'aurait plus eu? Je pourrais donc, comme vous voyez, me plaindre, si je voulais, de ce que vous avez pensé à mon désavantage; mais je craindrais qu'en prenant cela si fort à cœur, je ne vous affermisse plus dans vos idées, que je ne vous en détournerais. Encore une fois, il n'est pas impossible qu'un jour vous sachiez mes motifs, quoique, pourtant, il n'y ait pas d'apparence que ce soit moi qui vous en instruise. Vous voilà, n'est-il pas vrai, plus embarrassé que jamais? Je ne saurais moi, vous en dire davantage: laissons donc cela. Je veux et dois me borner à vous rendre grâces, et de m'avoir rassurée sur le compte de votre ami, et de la promptitude que vous y avez mise. L'on m'avait dit qu'il avait près de Madame de Vo... l'air de la plus grande vivacité, et que vous laissiez, vous, paraître amoureux, avec une tranquillité qui pouvait vous faire très justement soupçonner de vous intéresser fort à son succès. Vous vous défendez d'avoir formé le projet de le mettre en avant pour faire plus commodément votre retraite; et je crois, puisque vous me le dites, que c'était à tort qu'on vous en accusait. Comme vous avez de l'esprit, que j'en trouvais dans l'idée qu'on vous prêtait, et que je ne puis, d'ailleurs, ignorer à quel point vous désirez que Madame de Vo... vous fasse la grâce de ne plus vous aimer, je n'avais pas hésité à croire, qu'en effet, qu’elle vous était venue. Vous aimeriez mieux, dites-vous, en faire usage, que du stratagème que je vous avais indiqué, par la raison que celui-là vous sauverait de la contrainte cruelle de montrer de l'amour à une femme qui ne vous en inspire pas, et qu'en même temps il vous paraîtrait plus sûr, parce que si vous ne pouvez pas douter aujourd'hui que Madame de Vo... n'agisse plus par vanité que par sentiment, vous ne savez point, si en vous voyant aussi tendre que pour la tromper, il faudrait que vous le parussiez, l'un ne prendrait pas la place de l'autre; au lieu qu'en persistant dans votre froideur pour elle, et en lui offrant d'un autre côté, le spectacle d'un homme aimable, et en apparence fort amoureux, ou sa tête se prendra pour lui, ou sans autre motif que celui de vous punir de l'indifférence que vous lui marquez, elle finira indubitablement par en faire votre successeur. Vous pouvez avoir lieu de vous en flatter; il se peut, aussi, que cela ne vous réussisse pas: j'ai, en vérité, quoi que vous en puissiez croire, trop peu d'expérience sur ces choses-là, pour pouvoir décider, ni du parti que vous avez à prendre, ni du sort qui vous est réservé, et ne saurais m’empêcher de rire du sérieux dont je vous vois me consulter sur des choses que, par toutes sortes de raisons, vous devez savoir infiniment mieux que moi. J'ignore, au reste, ce qui vous inspire la tristesse qui se fait sentir dans toute votre Lettre.

*la dernière phrase, qui semble décorrélée de ce qui précède, ne l’est probablement pas dans l’esprit de la Duchesse : sans être une conséquence de ses demandes de conseil, la (prétendue) tristesse du Duc en est bien une de ce qui les sous-tend : son intérêt pour elle.*


Si c'est l'ennui de votre situation actuelle, je vous conseille d'en sortir le plus promptement que vous pourrez, et même à quelque prix que se [ce] puisse être; car, sans plaisanterie, il serait à craindre si elle durait, qu'elle ne prît considérablement sur votre santé. Ah! la bonne leçon pour vous, s'il y en avait que la vanité, le caprice, et l'ennui du désœuvrement ne rendissent pas inutiles aux hommes! Je n'ai nulle peine à croire que vous laisserez toujours ignorer à M. de Cercey la démarche que j'ai faite en sa faveur; et ne pouvais pas, à ce qu'il me semble, vous prouver mieux que par ce que je viens de faire, à quel point je compte sur votre discrétion. Sans vous connaître encore beaucoup personnellement, je sais comme on pense de vous dans le monde; et ne crois pas que, sans la mériter, on puisse y jouir d'une réputation si générale. Adieu, Monsieur, je pars dans l'instant pour la campagne où je compte passer quelque temps; M. de Cercey, quoiqu'il ne soit pas tout à fait autant mon amant que vous le croyez, y vient avec moi. Son retour vous apprendra le mien; et si vous vous trouvez de mon commerce, aussi bien que vous me le dites, et que moi-même je le désire, je m'en apercevrai au soin que vous prendrez de me chercher.

*phrase un rien sibylline : La duchesse semble bien prévenante, contredisant le nonn physique (son embarricadement) dont il sera question en XIII. Faut-il entendre que le confort de la relation purement écrite, nonobstant sa prétendue paresse, permet un relâchement dont elle est à peine consciente ?*


LETTRE IV


Un homme de qualité de qui la figure, par elle-même on ne peut pas moins avantageuse, n'était ni relevée par la magnificence des habits, ni marquée encore par aucune décoration quelle qu'elle pût être, rencontré seul un jour par je ne sais quels marauds, en fut, malgré toute la vigueur de sa résistance, traité tout au moins fort indécemment. Il disait sur cela qu'en cette occasion, on lui avait fait payer l'amende de sa mauvaise mine; et trouvait tout simple que cela eût été. Me siérait-il de m'étonner davantage que, moi, d'ailleurs, me mettant en prise,

*roi mise en prise, aux échecs. La Duchesse admet que la chasse est ouverte…*


vous m'ayez jugée moins, peut-être, d'après ce que je suis, que comme j'ai dû vous paraître, et enfin que [vous] m'ayez fait payer l'amende de mon sexe? En effet, vous avez dû avoir trop de peine à ne me croire rien dans le cœur,

**à nouveau, on ne peut que s’étonner – si on la suit sur ses premiers principes - que la Duchesse ait si bon cœur à remettre cette question sans cesse … en jeu*


pour ne point vous presser de saisir la première occasion qui pourrait se présenter de croire le contraire. Eh! qui dans les mêmes circonstances n'eût pas fait comme vous? Je vous écris! et quel est l'objet de ma Lettre? C'est de vous prier, et avec toute la vivacité possible, de mettre tout en œuvre pour que M. de Cercey ne s'engage point avec Madame de Vo... Quelle demande devait jamais plus déposer contre la tranquillité de cœur dont il me plaît de me parer? Car, si comme je le soutiens, M. de Cercey ne m'inspire point d'amour, que m'importe qu'il en ait ou non pour une autre? Je dis que la seule raison que j'aie pour que cela ne me soit pas aussi égal qu'avec l'indifférence que j'affiche, cela me le devrait être, est la crainte que la liaison qu'il pourrait former avec Madame de Vo... ne le déshonorât;

*déshonneur, à laquelle elle dit être sensible, s’agissant de son ami Cercey : un message implicite pour le Duc, qui ne peut que comprendre que la Duchesse ne plaisante pas avec certaines de ses aventures, qui ne sont pas seulement ridicules mais outrageantes pour lui, et indirectement pour son objet : elle-même.*

mais, franchement, ai-je dû en être crue? Que je craignisse qu'elle ne lui donnât un ridicule, passe; mais du ridicule au déshonneur, la distance est si grande, et la différence en est si marquée, qu'il ne se peut point que je les aie confondus. Je n'en ai pourtant pas moins paru le faire; et c'est cela qui me condamne; car moins il se pouvait que je m'y trompasse, plus vous avez dû vous défier du motif que je donnais à ma démarche, et croire, ainsi que vous avez très ingénieusement fait, qu'elle n'en avait point d'autre que mon amour, et que la crainte qu'on ne m'en enlevât l'objet. De même, cependant, que les gens qui, sur sa mauvaise mine, avaient donné à peu de chose près les étrivières à ce M. le Duc, s'étaient mépris, vous commencez à concevoir qu'en me jugeant, soit d'après les règles générales, soit d'après ma propre action, vous pourriez bien aussi vous être trompé. Vous me le dites, du moins; mais malgré cela, je n'en voudrais pas plus répondre que vous fussiez aussi parfaitement revenu de vos soupçons que vous voudriez me le faire croire; et la raison que j'ai d'en douter, est, ce me semble, toute simple: c'est que, comme je n'ai pas moi-même craint d'en convenir, je vous ai donné sujet d'en concevoir, et que je ne vous en ai fourni aucun de les perdre. Je dirai plus; la conduite que j'ai tenue depuis, n'a pu que vous avoir autorisé à les garder, puisque je suis actuellement à la campagne avec le même homme qui a été l'objet des vôtres. Je vous ai dit, il est vrai, que vous vous trompiez lorsque vous nous croyiez l'un pour l'autre un certain attachement; mais, de quel poids dans cette occasion pouvait être mon désaveu? Sans compter que, ne vous devant aucun compte de mon cœur, j'ai pu me croire fondée à n'être pas sincère avec vous sur ses mouvements, vous ne devez point ignorer que c'est une chose sur laquelle en général, nous nous croyons assez permis de dissimuler; et que c'est même, de tous les secrets, le seul qu'on nous accuse de ne laisser jamais échapper. Je serais donc beaucoup moins surprise de vous voir encore à cet égard, tel que je vous ai laissé, que je ne le serais du changement de vos idées. Si même, pour être sûre que vous y persistez, j'avais besoin de quelque chose de plus, je le trouverais, soit dans le ton, soit dans la multiplicité des excuses que vous me faites; vous ne croiriez m'en devoir ni tant, ni de si soumises, si vous ne craigniez pas de m'avoir offensée;

*double offense : vous m’imaginer des liaisons, et vous manquer ma passion*;


et cette crainte ne peut être en vous, qu'en raison de la certitude que vous avez d'avoir pénétré les plus secrets sentiments de mon âme:

*le jeu est bien que plus elle insiste sur cette liaison imaginaire avec Cercey, et admet les signes de son ambiguïté, plus elle a de chance de troubler le Duc, qu’elle conduit à en saisir la signification. Or le déport sur une liaison fantasmée avec Cercey, doit lui suggérer un secret O combien plus profond… non, Duc, vous n’avez pas pénétré les plus secrets sentiments de mon âme… la Duchesse s’amuse à colin-maillard, et c’est bien le chasseur qui a les yeux bandés.*


car que l'on ait tort ou raison, c'est un préjugé très établi que nous ne nous blessons jamais plus des conjectures du genre des vôtres, que quand nous les méritons le mieux. Vous pourriez, cependant, et sans craindre de vous flatter trop, m'attribuer contre vous, une moins grande colère. Si vous m'aviez devinée, mon secret serait entre les mains d'un honnête homme; j'aurais par conséquent de quoi être moins peinée que vous me l'eussiez surpris; et si vos soupçons ne sont pas fondés, j'ai plus encore de quoi me consoler de vous les voir, puisque le temps les détruira infailliblement.

*éventuellement de deux façons bien distinctes : en confirmant que Cercey n’est qu’un ami, et en dévoilant la véritable passion de la Duchesse.*

En attendant qu'il vous prouve si c'est vous qui vous abusez, ou si c'est moi qui vous abuse, je ne me tiendrai pas pour outragée que vous continuiez de penser sur cela comme vous faisiez à mon départ de Paris; je l'ai même été si peu de vos idées, que je ne me serais seulement pas rappelé ce prétendu délit de votre part, si vous n'eussiez pas cru devoir vous en justifier à mes yeux.

*ironie : deux lettres, dont une bien longue, autour de ce sujet qu’elle prétend à peine audible…*


Si, au reste, je ne suis pas aussi convaincue que vous le voudriez, de votre conversion à mon égard,

*jeu sur conversion, qui atteste le sens crypté de la discussion : vous vous voulez faire de Cercey un objet, quand à vous seul je suis attachée. Une autre lecture probable est : nous nous sommes l’un et l’autre entendu pour, vous affecter de croire en ma liaison avec Cercey pour pouvoir simuler le chagrin qu’elle ne peut manquer de vous causer que si, et seulement si, vous admettez votre intérêt pour moi ; moi prétendre que la démarche dont je vous ai chargé auprès de lui a une raison avouable, lors même qu’il ne s’agit rien moins que de vous fournir un prétexte à jalousie.*


je n'en suis pas moins sensible à la crainte que vous me montrez de m'avoir déplu; et en vous assurant que la vôtre ne saurait être plus mal fondée,

** officiellement, parce que ma démarche auprès de vus pouvais prêter à ambiguité, en fait parce que vous avez eu la réaction que j’espérais*


je ne vous en rends pas moins grâces très sincèrement d'une inquiétude qui ne peut jamais être que fort obligeante pour moi.

*inquiétude d’avoir blesser, en réalité, de la découvrir engagée*

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