Saturday, 25 January 2025

FRXCIV: « déconstruction»

 (...)bizarre et même assez choquant. Il ne l'a pas envoyé dire aux membres du Cercle de Vienne, en réaction au fameux Manifeste : vouloir en finir avec la métaphysique, leur dit-il, d'abord ce n'est pas nouveau, ensuite ce sont probablement des rodomontades.


La remarque vaut aussi pour les tenants de la « déconstruction».


J'ai toujours été un peu choqué par le ton des déconstructionnistes, cette dramatisation de l'obligation à laquelle nous serions désormais soumis de traquer partout les derniers restes de la métaphysique, ce qui, de leur propre aveu, est d'ailleurs une tâche à peu près sans espoir. Je n'ai jamais compris pourquoi il était à ce point nécessaire et urgent d'en terminer avec la métaphysique, ni comment on avait pu en arriver à considérer la métaphysique comme une espèce de puissance malfaisante contre laquelle il fallait à tout moment essayer de se prémunir, parce que, de surcroît, elle était supposée être une puissance particulièrement rusée et insidieuse, c'est-à-dire toujours susceptible de réapparaître à un endroit où on ne l'attend pas et sous une forme qui ne permet pas de la reconnaître immédiatement. Il y avait là, à l'époque, une espèce de théorie de la conspiration, comme si un véritable complot avait été dirigé en permanence, pendant toute l'histoire de la métaphysique, contre des choses essentielles et qui demandent absolument à être rétablies dans leur importance et leur dignité. On passait son temps à réhabiliter des choses que la métaphysique traditionnelle était censée avoir indûment dévalorisées par ses distinctions et ses hiérarchies traditionnelles, le sensible contre l'intelligible, la différence contre l'identité, le signifiant contre le signifié, la fiction contre le réel.

(Le philosophe et le réel: Jacques Bouveresse et Jean-Jacques Rosat)

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