Saturday, 10 January 2026

Athena/Odysseus décision

 Athena guide l'accostage compliqué d'Odysseus sur le rivage des Phéaciens. En terme moderne on aurait sans doute le réflexe d'éliminer Athena et de parler d'intuition ou de 'sixième sens'. En quoi est-ce que ce remplacement ne résout logiquement aucunement le problème ? Savons nous mieux aujourd'hui qu'hier comment nous prenons des décisions ?


C'est une question passionnante qui touche à la fois à la philologie, à la philosophie de l'esprit et aux neurosciences cognitives.

Remplacer Athéna par l'intuition semble être une modernisation logique, mais d'un point de vue épistémologique, c'est souvent un simple changement d'étiquette qui ne lève pas le mystère du mécanisme réel.

Voici pourquoi ce remplacement est logiquement incomplet et où nous en sommes aujourd'hui.

1. Le problème de la "Boîte Noire"

Dans l'Odyssée, Athéna intervient au moment précis où les capacités conscientes d'Ulysse sont épuisées. Face aux récifs de Phéacie, il est paralysé par le calcul rationnel. L'intervention divine symbolise une pensée qui vient d'ailleurs.

 * L'illusion de l'explication : En disant "c'est l'intuition", on utilise un concept négatif : l'intuition est définie par ce qu'elle n'est pas (elle n'est pas délibérée, pas lente, pas consciente).

 * La tautologie : Dire "Ulysse a survécu grâce à son intuition" revient souvent à dire "Ulysse a survécu grâce à une capacité de survie dont on ne connaît pas l'origine".

 * Athéna vs Inconscient : Les Grecs extériorisaient cette force (le dieu), tandis que nous l'intériorisons (le cerveau). Mais dans les deux cas, le "Moi" conscient n'est pas l'auteur de la décision. Remplacer un dieu par un concept flou ne décrit pas le comment.

2. La théorie de "l'esprit bicaméral"

Pour comprendre pourquoi le remplacement est complexe, il faut citer la thèse (controversée mais stimulante) de Julian Jaynes. Il suggérait que les hommes de l'époque d'Homère ne possédaient pas de conscience de soi telle que nous la connaissons.

Selon cette vue, ce que nous appelons aujourd'hui "pensée" était perçu par les Anciens comme une hallucination auditive (la voix d'un dieu). Passer d'Athéna à l'intuition n'est pas qu'une traduction, c'est un changement radical de la structure du psychisme humain.

3. Savons-nous mieux aujourd'hui comment nous décidons ?

Oui et non. Nous avons cartographié les zones de la décision, mais le "saut" final reste mystérieux.

Ce que nous avons appris (Le Système 1 et 2)

Grâce aux travaux de Daniel Kahneman, nous savons que notre cerveau utilise deux systèmes :

 * Système 1 (Athéna/Intuition) : Rapide, automatique, émotionnel, très efficace pour la survie immédiate (l'accostage d'Ulysse).

 * Système 2 (La Raison) : Lent, logique, coûteux en énergie.

Ce qui reste un mystère : Le "Libre arbitre"

Même avec l'IRM, nous observons des neurones s'activer avant que le sujet ait conscience d'avoir pris une décision (expériences de Libet).

> Le paradoxe moderne : Si Athéna a été remplacée par des flux de dopamine et des activations du cortex préfrontal, nous sommes toujours, comme Ulysse, les spectateurs d'une décision qui semble se prendre "en nous" mais "sans nous".

Conclusion

Remplacer Athéna par l'intuition ne résout rien logiquement, car l'intuition reste une "divinité laïque" : on l'invoque pour expliquer ce qu'on ne comprend pas dans nos propres processus mentaux. Nous avons remplacé la mythologie par la biologie, mais le sentiment de "pulsion soudaine" qui sauve Ulysse du naufrage reste une frontière de la conscience.

Souhaitez-vous que j'approfondisse les expériences de neurosciences qui montrent comment notre cerveau prend des décisions avant même que nous en soyons conscients ?


Approfondis les expériences de neurosciences qui montrent comment notre cerveau prend des décisions avant même que nous en soyons conscients


L'expérience la plus célèbre et la plus débattue dans ce domaine est celle de Benjamin Libet (1983), qui a posé les bases de ce qu'on appelle aujourd'hui la "neuroscience du libre arbitre".

Voici le détail de cette expérience et comment elle a été approfondie par les technologies modernes.

1. L'expérience de Libet : Le "Potentiel de préparation"

Libet demandait à des volontaires de bouger le doigt au moment où ils en ressentaient l'envie, tout en regardant une horloge très rapide pour noter le moment précis de leur "décision consciente". Pendant ce temps, il mesurait l'activité électrique de leur cerveau via un EEG.

 * Le résultat : Libet a découvert qu'une activité électrique (appelée le potentiel de préparation) apparaissait dans le cerveau environ 350 à 500 millisecondes AVANT que le sujet ne ressente l'intention consciente de bouger.

 * La conclusion choc : Le cerveau a déjà commencé à initier l'action alors que l'individu pense qu'il n'a pas encore pris sa décision. La "conscience" semble arriver après coup, comme un rapporteur qui commente un événement déjà lancé.

2. L'évolution avec l'IRMf (Soon et al., 2008)

En 2008, le chercheur John-Dylan Haynes a poussé l'expérience beaucoup plus loin en utilisant l'imagerie par résonance magnétique fonctionnelle (IRMf).

 * Le protocole : Le sujet devait choisir d'appuyer sur un bouton avec sa main gauche ou sa main droite.

 * Le résultat : En analysant l'activité du cortex préfrontal et pariétal, les chercheurs ont pu prédire quelle main le sujet allait utiliser jusqu'à 7, voire 10 secondes avant que le sujet n'en ait conscience.

 * L'implication : Non seulement le cerveau prépare l'action, mais il semble "déterminer" le contenu du choix (gauche ou droite) bien avant que la personne n'ait l'impression de choisir.

3. Le rôle de l'inconscient prédictif

Ces découvertes suggèrent que notre cerveau est une "machine à prédire". Pour revenir à Ulysse, son cerveau analyse les vagues, le vent et les récifs à une vitesse phénoménale. Il traite des milliers de variables en parallèle.

Lorsqu'une solution optimale émerge (pousser sur la rame à gauche maintenant !), le cerveau lance l'exécution. Ce n'est qu'un instant plus tard que le signal arrive à la conscience. On a alors l'impression d'une "illumination" ou d'une voix divine (Athéna).

4. La nuance : Le "Veto" conscient

Libet lui-même n'était pas un fataliste. Il a observé qu'entre le moment où l'intention devient consciente et l'exécution du mouvement, il reste environ 100 à 200 millisecondes.

C'est là qu'interviendrait notre "libre arbitre" : non pas dans la capacité de générer l'action (qui est largement inconsciente), mais dans la capacité de l'inhiber (le "Free Won't" plutôt que le "Free Will"). Nous ne serions pas les auteurs de nos impulsions, mais nous serions les censeurs de nos actes.

5. Pourquoi cela ne résout pas le problème ?

Si nous suivons cette logique, l'intuition d'Ulysse est un calcul statistique inconscient. Mais cela pose un problème logique :

 * Si tout est décidé par des neurones avant que "Je" ne s'en rende compte, qui est responsable ?

 * L'expérience de Haynes montre que la décision est prédictible, mais elle ne dit pas pourquoi le cerveau choisit A plutôt que B dans un contexte complexe.

En fin de compte, que l'on dise "Athéna m'a parlé" ou "mon cortex préfrontal a activé mon système moteur 7 secondes avant ma conscience", nous décrivons le même phénomène : le sentiment d'être agi par une force qui nous dépasse, même si cette force est à l'intérieur de notre propre crâne.

Est-ce que cette vision du cerveau comme "pilote automatique" vous semble plus rassurante que l'idée d'une divinité qui guide nos pas ?


Y a-t-il des expériences comparables chez les animaux ?


Absolument, et ces expériences sont même cruciales, car chez les animaux, nous n'avons pas le "biais" du langage. Un animal ne peut pas nous dire : « J'ai eu l'impression de décider à tel moment ». On doit donc se baser uniquement sur l'activité neuronale et le comportement.

Voici ce que les neurosciences animales nous apprennent sur ce fameux "temps d'avance" du cerveau :

1. L'accumulation de preuves (Le modèle du "Seuil")

Chez les macaques, des chercheurs (comme Michael Shadlen) ont étudié comment un singe décide de regarder à gauche ou à droite en fonction de points mouvants sur un écran.

 * Ce qu'on voit : Les neurones du cortex pariétal commencent à "grimper" en intensité dès que le singe voit les points.

 * Le moment de la décision : La décision est prise par le cerveau au moment exact où l'activité neuronale franchit un seuil critique.

 * Le parallèle avec Ulysse : Le cerveau du singe ne "réfléchit" pas consciemment ; il accumule des données sensorielles jusqu'à ce que la coupe déborde, déclenchant l'action. C'est un processus purement mécanique et statistique qui ressemble furieusement à ce que nous appelons "intuition".

2. Les rats et la "Métacognition" (Savoir qu'on ne sait pas)

On a longtemps cru que seule l'humain avait conscience de ses propres doutes. Des expériences ont montré que des rats, face à un choix difficile (un son dont on ne sait pas s'il est court ou long), peuvent choisir de décliner le test pour éviter une punition et attendre un test plus facile.

 * Cela prouve que l'animal a un signal interne de confiance.

 * Ce signal est pré-conscient : le cerveau du rat évalue la probabilité de réussite avant même de s'engager. C'est l'équivalent biologique de "l'instinct" de survie.

3. La simulation mentale chez les rongeurs

Une découverte fascinante concerne les "cellules de lieu" dans l'hippocampe des rats. Quand un rat arrive à un embranchement dans un labyrinthe, on observe que ses neurones simulent les deux chemins possibles avant qu'il ne bouge.

 * Son cerveau "projette" le futur immédiat.

 * Si le cerveau "voit" (neuronalement) un danger ou une impasse, il change de direction.

 * L'enseignement : Ce que nous appelons "délibération" est en fait une compétition entre plusieurs simulations inconscientes dans le cerveau.

Pourquoi est-ce important pour votre question sur Ulysse ?

Ces expériences animales montrent que la structure même du cerveau est faite pour décider sans "sujet".

 * Le rat n'a pas besoin d'un "Moi" pour évaluer un danger.

 * Le singe n'a pas besoin de "volonté" pour choisir la direction la plus probable.

Cela renforce l'idée que le remplacement d'Athéna par l'intuition est une étape vers la biologie : nous découvrons que la décision est une fonction biologique de survie, commune à tout le règne animal, et que la "conscience" (ce que nous appelons notre volonté propre) n'est peut-être qu'un témoin qui arrive à la fin pour signer le contrat.

Ulysse, au milieu des vagues, agit comme le rat à l'entrée du labyrinthe : son cerveau simule l'impact sur le rocher, calcule la trajectoire, et lance le corps dans l'action. Les Grecs appelaient cela le "souffle d'Athéna", nous appelons cela "l'activation du système préfrontal", mais l'animal, lui, se contente de le vivre.

Souhaitez-vous que nous explorions la différence philosophique entre l'animal qui "agit" et l'humain qui "pense agir" ?


Il est ici question d'expérience quasi réflexe du type stimuli/réponse. Qu'en est il de cas plus complexes ? In fine on a un cerveau sorte de neural network ayant accumulé de la connaissance ou un modèle du monde. Mais quelle part de toute décision n'est pas purement aléatoire ?


C'est le point de bascule crucial : si nous ne sommes qu'un réseau de neurones (un Neural Network biologique) entraîné sur des années d'expérience, la liberté de décision n'est-elle qu'une illusion statistique ?

Pour répondre à votre question sur la part d'aléatoire et la complexité des décisions non-réflexes, il faut distinguer trois niveaux : le déterminisme, le bruit (l'aléatoire) et le chaos structuré.

1. Le cerveau comme "Machine de Boltzmann" (Le rôle du bruit)

Même dans une décision complexe (choisir une carrière, un partenaire, ou une stratégie de guerre pour Ulysse), notre cerveau n'est jamais "silencieux". Il existe un bruit de fond neuronal permanent.

 * L'aléatoire utile : En neurosciences, on utilise souvent des modèles de "calcul stochastique". Pour éviter de rester bloqué dans un optimum local (une mauvaise solution), le cerveau injecte un peu d'aléatoire (du bruit thermique, pour ainsi dire). Cela permet d'explorer de nouvelles solutions au lieu de répéter mécaniquement le passé.

 * L'imprévisibilité n'est pas la liberté : Si une décision est prise parce qu'un neurone a "tiré" de façon aléatoire à cause d'une fluctuation thermique, ce n'est pas du libre arbitre, c'est juste un coup de dés biologique.

2. La "Compétition de Modèles" (Décisions complexes)

Contrairement au réflexe (stimulus -> réponse), la décision complexe est une compétition entre modèles du monde.

Imaginez qu'Ulysse ne soit pas seulement en train d'éviter un rocher (réflexe), mais qu'il pèse le pour et le contre de s'arrêter chez les Phéaciens ou de continuer vers Ithaque.

 * Le cerveau simule plusieurs futurs possibles ("Si je m'arrête, alors...", "Si je continue, alors...").

 * Chaque simulation est pondérée par des valeurs (survie, désir, devoir). Ces valeurs sont le fruit de l'apprentissage (votre réseau de neurones entraîné).

 * La décision "tombe" quand l'un des modèles du monde gagne la compétition de signal contre les autres.

Où est le problème logique ici ? C'est que si vous connaissez parfaitement l'état initial du cerveau d'Ulysse et toutes ses expériences passées, vous pourriez théoriquement prédire son choix. La décision complexe serait alors 100% déterministe, même si elle nous paraît libre car elle est trop riche pour être calculée en temps réel.

3. La part d'aléatoire vs La part de structure

Selon les modèles actuels (notamment le "Codage Prédictif"), la part de nos décisions se répartit ainsi :

 * Le Déterminisme Historique (~90-95%) : C'est votre "modèle du monde". Votre cerveau est une machine à cohérence. Il décide en fonction de ce qu'il connaît. C'est le "destin" des Grecs, mais logé dans les connexions synaptiques.

 * Le Bruit Aléatoire (~5%) : Les fluctuations biologiques. C'est ce qui fait que, face à deux options strictement identiques, vous ne resterez pas figé comme l'âne de Buridan. Vous finirez par choisir, poussé par un "bruit" neuronal aléatoire.

 * La part de "Je" (0% ?) : Pour beaucoup de neuroscientifiques (comme Robert Sapolsky), il n'y a pas de place pour un "pilote" indépendant dans l'avion. Le "Je" est le récit que le cerveau se raconte après que la compétition neuronale a désigné un vainqueur.

4. Pourquoi le remplacement d'Athéna ne résout rien ?

Si l'on remplace Athéna par "l'activation du réseau neuronal", on se retrouve face au même vertige qu'Homère :

 * Chez Homère : "C'est la volonté d'un Dieu, je n'y peux rien."

 * Aujourd'hui : "C'est l'architecture de mon réseau de neurones, je n'y peux rien."

Logiquement, le problème reste entier car dans les deux cas, le sujet conscient est dépossédé de l'origine de son action. Nous ne savons pas "mieux" comment nous décidons au sens moral ; nous avons simplement une description plus fine de la machinerie. Nous avons remplacé une métaphysique extérieure (les Dieux) par une métaphysique intérieure (les Neurones), mais le mystère de l'émergence d'une volonté propre reste une boîte noire.

Pensez-vous que si l'on pouvait prouver que 100% de nos décisions sont le résultat d'un calcul prédictif, cela changerait notre manière de concevoir la justice ou la responsabilité ? C'est le grand débat contemporain entre neurosciences et droit.

Tuesday, 30 December 2025

Promiscuité homme machine

 Boucle reddit/LLM, généralisable globalement 

*

Suite à son introduction en bourse, Reddit a annoncé qu’il va générer environ 203 M sur trois ans à travers des contrats de licences de données destinée aux entreprises d’IA, générant quelque 66,4 M en 2024 seulement.

Parmi ces accords, celui avec Google — évalué à environ 60 M par an — permet au géant d’accéder en continu à l’API de Reddit pour l'entraînement de ses modèles.

Un partenariat similaire a été conclu avec OpenAI, estimé à 50–60 M par an, en échange d’un accès aux API de Reddit ainsi que d’outils d’IA pour la modération et l’amélioration de l’expérience utilisateur.

En échange d’accès API, Reddit reçoit également des outils d’IA (notamment de modération) issus des partenaires (OpenAI), et intègre des améliorations comme un moteur de recommandation plus fin.

Reddit est devenu la source la plus citée par les LLM dans leurs réponses générées, représentant environ 40 % des citations, devant Wikipédia ou YouTube.

Monday, 29 December 2025

Through the looking glass

 Traversée du miroir : d'Odyssée à ER (cf FRCI: CC : L)

1. Odyssée : on te montre une déesse, un jardin (Calypso : celle qui t’envoute, âge de cristal) sans révéler qu'il s'agit d'une fiction 

2. Shakespeare : on te filoute puis on te montre un(e scène de) théâtre : la supercherie ; le démiurge/magus lui même te dévoile la mé/sur/prise (Corneille)

3. Borges : on te montre un/des texte(s) , la bibliothèque; Examen de l’œuvre d’Herbert Quain

Borges avait fini par découvrir pour ses écrits futurs une formule qui était indéniablement originale. C’était un mélange de fiction et d’essai – deux genres littéraires qui étaient généralement restés séparés mais qui, dans la vision particulière que Borges avait de la réalité, étaient faits pour se rencontrer. En faisant comme si une histoire avait déjà été racontée dans un ouvrage publié, Borges pouvait, au lieu d’en répéter le récit, en présenter une étude critique. Le discours narratif était submergé, masqué sous le discours critique. La fiction devenait la vérité, parce que ce qui était inventé n’était pas le fait que l’histoire ait pu se produire (question qui est devenue un lieu commun dans les discours sur la fiction), mais le fait que l’histoire préexistait à sa narration. En faisant comme si l’histoire avait déjà été inventée, Borges s’attribuait de nouveau les droits d’un lecteur, non ceux d’un auteur.

effet fantastique

4. Effet littéraire/ effet de réel (ER) : tout est littérature par effet littéraire (cf Figures du réel XXXV) : l'effet littéraire: tu peux voir Ça (à tout moment)

Ds tous les cas seule litt donne l'accès à la neuvième porte.

Plutôt que cc, montée dans l 'abstraction : théorie motivique (Zalamea)

*

‘Dx est mort’ , dc dx est là/ C'est là (négation hydienne/Jekyllienne)

Contrairement à ce que dit Heidegger : dx de plus en plus près

Dasein eksist /(le/a)présent/ce




Saturday, 27 December 2025

Athena's books

Analyse le personnage de Sycorax

Sycorax et Caliban s'inscrivent dans une riche tradition mythologique, notamment celle des Métamorphoses d'Ovide et de l'épopée virgilienne.

1. Médée

Sycorax est la descendante directe de la Médée d'Ovide. Shakespeare connaissait très bien les Métamorphoses (souvent via la traduction de Golding).

 * La Magie Noire : Les pouvoirs attribués à Sycorax (contrôler la lune, les marées, invoquer des démons) sont calqués sur les incantations de Médée.

 * Hécate : Sycorax invoque le dieu Setebos, mais son comportement rappelle les cultes d'Hécate, déesse de la sorcellerie et des carrefours.

 * L'origine géographique : Sycorax vient d'Alger. Dans l'Antiquité, l'Afrique du Nord (et la Colchide pour Médée) était perçue comme la terre des poisons et des magies primordiales, loin de la rationalité de la cité (Athènes ou Rome).

2. Circé

Sycorax partage de nombreux traits avec Circé, la magicienne de l'île d'Aiaia.

 * L'île isolée : Comme Circé, Sycorax règne seule sur une île après avoir été bannie. Elle transforme l'ordre naturel selon sa volonté.

 * La dégradation physique : Là où Circé transforme les hommes en pourceaux, Sycorax est accusée d'avoir "enfermé" la beauté d'Ariel dans un arbre, une forme de métamorphose punitive typiquement ovidienne.

3. Caliban et la figure du Satyre ou du Faune

Caliban n'est pas seulement un "sauvage", il est une réincarnation des créatures hybrides de la mythologie grecque et romaine.

 * L'hérédité monstrueuse : Sa naissance (fruit de l'union entre une sorcière et un démon/incube) rappelle les naissances mythologiques de monstres comme le Minotaure (né d'un désir contre-nature).

 * Le dieu Pan : Caliban possède une connexion viscérale avec la terre, les sources et les sons de l'île. Il ressemble au dieu Pan ou aux Satyres : des êtres mus par leurs pulsions (sa tentative sur Miranda rappelle les poursuites de nymphes par les satyres) mais possédant une forme de poésie brute et sauvage.

4. L'influence de Virgile et le "Monstre" (L'Énéide)

La description de Caliban comme une "chose de ténèbres" et son physique indéterminé (mi-homme, mi-poisson) font écho aux monstres rencontrés par Énée.

 * Polyphème : Comme le Cyclope, Caliban est le premier habitant d'une terre où débarquent des voyageurs. Il représente la force brute de la nature qui ne connaît pas la pietas (la vertu romaine).

 * Vénus et l'Amour : Ironiquement, Shakespeare joue sur l'absence. Dans l'Antiquité, une femme bannie arrivant sur une île avec son fils pourrait être une parodie sombre de Vénus et Énée. Sycorax est une "anti-Vénus" : là où la déesse apporte la grâce, la sorcière apporte la difformité.

5. La "Sorcière de Thessalie" (Lucain)

Dans la Pharsale de Lucain, on trouve la sorcière Erichtho, une figure terrifiante qui manipule les morts. Sycorax s'inscrit dans cette lignée de magiciennes "chthoniennes" (liées à la terre et aux enfers) qui s'opposent aux dieux olympiens (lesquels seraient représentés par la magie "céleste" et ordonnée de Prospéro)

Tu oublies la part de jeu, dans tous les sens du terme, de ces personnages dans la pièce de Shakespeare

C'est une remarque très juste. En nous concentrant sur l'archétype mythologique, nous avons figé des personnages qui, chez Shakespeare, sont avant tout des ressorts dramatiques et des figures de théâtralité.

Le "jeu" ici s'entend de trois manières : le jeu de l'acteur (performance), le jeu comme espace de liberté (le "badinage" ou la licence) et le jeu comme mécanisme (l'engrenage de la pièce).

1. Le "Jeu" de l'Invisibilité : Sycorax comme moteur de l'imaginaire

Sycorax est un pur outil de mise en scène. Bien qu'absente, elle "joue" un rôle de référent dramatique :

 * Le jeu de la parole contre la parole : Puisqu'elle n'est pas là pour se défendre, son existence est un terrain de jeu rhétorique. Prospéro "rejoue" sans cesse l'histoire de Sycorax pour culpabiliser Ariel ou punir Caliban. Elle est la base d'un récit que Prospéro manipule comme un metteur en scène.

 * L'antagoniste fantôme : Elle permet à Shakespeare d'introduire un conflit sans avoir besoin d'un second méchant physique sur scène. C'est un jeu sur l'absence qui stimule l'imagination du spectateur.

2. Caliban ou le jeu du "Grotesque"

Caliban incarne le jeu au sens de la masquarade et du carnaval.

 * La performance physique : Pour un acteur, Caliban est un rôle de composition totale. Il y a un aspect ludique dans sa difformité : est-il un poisson ? un homme ? un monstre ? Ce flou permet un jeu corporel qui oscille entre le tragique et le bouffon.

 * Le jeu de la farce (Slapstick) : Dans ses scènes avec Stephano et Trinculo, Caliban bascule dans la comédie pure. On quitte l'épopée antique pour rejoindre la commedia dell'arte. Le monstre mythologique devient le "Benêt" ou le "Serviteur ivre". du sacré (le fils d'une sorcière antique) au profane (un ivrogne qui lèche les bottes d'un sommelier).

3. Le jeu de miroirs et de parodies

Shakespeare utilise Caliban et l'ombre de Sycorax pour créer un double jeu avec l'intrigue principale :

 * La parodie du complot : Le complot de Caliban contre Prospéro est une version parodique, enfantine, du complot sérieux d'Antonio contre Prospero à Milan. Caliban "joue" au rebelle comme les nobles "jouent" aux usurpateurs.

 * L'inversion des rôles : Il y a un jeu ironique sur qui est le "maître". Caliban, en voulant servir Stephano, montre que l'esclavage est un jeu de rôles dont il ne sait pas sortir.

4. Le langage comme terrain de jeu

Le "jeu" de Caliban est aussi linguistique :  "You taught me language, and my profit on't / Is, I know how to curse."

"The isle is full of noises..."




Exploite le film Prospero's Books de Greenaway pour compléter l'analyse de ces deux personnages


Dans Prospero's Books (1991), Peter Greenaway pousse l'analyse de Sycorax et Caliban vers une esthétique baroque et viscérale qui radicalise le "jeu" théâtral et les références antiques que nous avons évoquées. Le film n'est pas une simple adaptation, mais une exégèse visuelle où le corps et le livre s'affrontent.

Voici comment Greenaway complète l'analyse de ces deux figures :

1. Sycorax : L'Origine Abjecte et Organique

Chez Greenaway, Sycorax n'est pas seulement un souvenir, elle est une présence visuelle cauchemardesque (apparaissant dans des flashbacks ou des visions).

 * La Chair contre l'Esprit : Alors que Prospéro est entouré de livres, d'encre et d'architecture rigide, Sycorax est associée à la chair, au sang et aux fluides. Elle incarne une magie "pré-littérale", une force naturelle qui n'a pas besoin de l'alphabet pour exister.

 * L'Iconographie de la Sorcière Antique : Greenaway la filme comme une figure de la mythologie archaïque, une sorte de déesse de la fertilité corrompue. Elle est "l'abject" (Kristeva): ce qui est interne, viscéral, et qui menace l'ordre propre et net de Prospéro.

 * Le Livre de la Sorcière : Dans le film, l'un des 24 livres est celui de Sycorax (le livre des herbes, des poisons et des métamorphoses).

2. Caliban : bestialité performée (Michael Clark)

L'interprétation de Caliban par le danseur Michael Clark chez Greenaway change radicalement la lecture du personnage :

 * Jeu de la danse : Caliban ne parle presque pas, s'exprime par un corps convulsif, reptilien. C'est ici que le "jeu" devient purement physique. Il n'est pas un "sauvage" au sens social, mais chacun de ses muscles proteste contre la structure de la pièce.

 * érotisme du monstre : Greenaway souligne l'ambiguïté de Caliban. Il est à la fois hideux et fascinant, rappelant les Satyres des bas-reliefs antiques. Son "jeu" est celui de la pulsion sexuelle brute, contrastant avec la chasteté forcée que Prospéro impose à Miranda et Ferdinand.

 * Miroir inversé : Caliban urine sur les livres de Prospéro. C'est le "jeu" de la profanation. Le corps (Caliban/Sycorax) tente littéralement d'effacer la culture (Prospéro/Livres).

3. Miroir, création

Greenaway suggère que Sycorax et Caliban sont des projections de l'esprit de Prospéro.

 * L'Autogénération : Prospéro écrit la pièce au fur et à mesure qu'il la vit (dans le film, il prononce toutes les répliques des autres personnages).

 * Théâtre du Monde : Le film transforme l'île en un palais-théâtre permanent. Dans ce cadre, Sycorax et Caliban représentent une expérience de pensée.

4. Le lien avec l'Antiquité (Le néo-classicisme de Greenaway)

Greenaway utilise des références visuelles pour ancrer Sycorax et Caliban dans une Antiquité plus sombre, celle de Pompéi ou des grottes romaines :

 * Ils sont les créatures des "grotesques" (du mot grotta), ces décorations antiques découvertes à la Renaissance qui mêlaient formes humaines, animales et végétales.

 * Sycorax est la Pythonisse, la prophétesse souterraine, tandis que Caliban est le Triton ou le Silène déchu, rappelant que derrière la civilisation renaissante (Prospéro) gisent les ruines et les monstres d'un monde païen indomptable.

En résumé, chez Greenaway, Sycorax et Caliban représentent le "jeu" entre matière et langage.


Montre comment l'Odyssée est une sorte d'Athena's Books


Zeus (Iliad) contemple les combats de la plaine de Troie. Athena (odyssée) contemple son œuvre baroque, son "île" et ses créatures "sur scène”

Voici comment se déploie ce "Théâtre d'Athéna" :

1. L'Île-Monde comme Scène de Théâtre

Pour Athéna, le monde n'est pas une plaine (comme Troie), mais un archipel de "scènes" isolées : l'île de Calypso, l'île des Phéaciens, l'île de Circé.

 * L'unité de lieu éclatée : Comme Prospéro crée des tempêtes pour amener ses ennemis sur son île, Athéna utilise les vents et les colères de Poséidon pour déplacer son "acteur principal", Ulysse, d'un décor à l'autre.

 * Le décor baroque : Chez Greenaway, les architectures sont saturées de signes. Chez Athéna, les lieux sont des épreuves de lecture : Ulysse doit "lire" le danger caché derrière le chant des Sirènes ou la fleur du Lotus.

2. Le Signe contre la Matière brute (Les Créatures)

Sur la scène d'Athéna, les créatures sont des obstacles à la compréhension, des formes de matière qui refusent le "sens" :

 * Polyphème (Le Caliban antique) : Il est la matière brute, l'œil unique qui voit mais ne comprend pas le signe. Quand Ulysse se nomme "Personne" (Outis), il joue avec le langage. Polyphème, incapable de manipuler le signe, est vaincu par une figure de rhétorique.

 * Circé (La Sycorax vivante) : Elle transforme les hommes en bêtes (matière). Athéna intervient en donnant à Ulysse le moly (l'herbe-signe), un contre-pouvoir intellectuel qui empêche la régression vers l'animalité.

3. Le Jeu de l'Acteur : L'Ulysse aux mille masques

Dans ce "Athèna's Books", Ulysse est l'acteur polytropos fétiche d'Athéna la costumière.

4. La dualité de l'œuvre : Le Linceul et le Livre

Le "jeu" que vous souligniez entre la matière et le mot trouve ici son apogée.

 * Le Linceul (La Matière filée) : C'est le support du drame d'Ithaque. Tant qu'il n'est pas fini, la pièce continue.

 * Le Livre (Le Signe fixé) : C'est la mémoire d'Athéna. Elle sait déjà comment tout cela finit, mais elle prend plaisir au "jeu" des acteurs, à leurs improvisations face aux monstres.

5. Zeus vs Athéna : Épopée vs Baroque

 * Zeus regarde le poids des âmes sur sa balance (la matière pesante, le destin). 

 * Athéna regarde la souplesse des esprits (le signe mouvant, la ruse). C'est une vision baroque, faite de miroirs, de travestissements et de faux-semblants.

Athéna est la Prospéro de l'Antiquité : elle ne cherche pas la victoire par la force, mais par la justesse du scénario. Son "île" est l'Odyssée elle-même, un espace où le langage finit toujours par triompher des crocs et des tempêtes.

Voudriez-vous que nous examinions comment, dans cette perspective, le massacre des Prétendants peut être lu comme la "fermeture du livre", le moment où le signe (l'arc d'Ulysse) détruit définitivement la matière parasite ?


Oui : developpe le signe de l'arc, en utilisant notamment l'ambiguïté du mot en Grec : comme l'arc est la signature du couple Ulysse/Pénélope, leur code, le fil de vie et de mort.


1. Ambiguïté du signe : βιός  l'arc/ βίος la vie.

Cf Héraclite

2. Le Signe comme Code du Couple

 * L'épreuve du signe : Pénélope n'impose pas une épreuve de force brute, mais une épreuve de technique (la mètis). bander l'arc réclame un "tour de main" spécifique.

 * La signature gestuelle : Quand Ulysse saisit l'arc, le texte compare son geste à celui d'un musicien tendant la corde d'une lyre. 

3. Le Fil de Vie et le Fil de Mort

 * Le Linceul  : Pénélope file et défait le temps pour maintenir Ulysse "en vie" dans le signe de l'attente.

 * L'Arc : Ulysse en tend la corde pour trancher le temps des prétendants.

Quand la corde siffle le tissage s'arrête. L'arc va maintenant "écrire" la fin de l'histoire.

4. Le Massacre comme "Fermeture du Livre"

 * L'arc-plume : Ulysse utilise l'arc comme Prospéro utilise son bâton : pour rayer de la scène ceux qui n'ont rien à y faire.

 * Le sang et l'encre : Le sang qui coule est la "matière" finale qui vient sceller le pacte entre le héros et sa déesse.

5. L'Arc et le Linceul : La Dualité de l'Œuvre

L'arc est l'envers du linceul. Le linceul était une œuvre de patience et de dissimulation (féminin/intérieur) ; l'arc est une œuvre de révélation et d'action (masculin/extérieur). Mais les deux sont faits de la même tension.


Odyssée : troubles objets

 cheval de bois comme clé d'une citadelle, mât de navire comme pieu aveuglant le cyclope, outre pleine de vents et non de vin, linceul (textus) comme récit puis comme filet mortel des prétendants : le sens homérique est contextué, relatif, et non absolu, et seuls ceux qui l'ont compris survivent


Votre remarque est extrêmement juste : Homère construit un univers où les objets ne sont jamais des absolus, mais des signes contextuels, dont le sens dépend de la situation, de la métis, et de la capacité à lire obliquement. Ceux qui échouent à interpréter ces signes meurent (les prétendants, le Cyclope), ceux qui comprennent survivent (Odysseus, Pénélope). Voici une analyse détaillée :


1) Objets homériques : formes mobiles, sens relatifs

Chaque objet emblématique de l’Odyssée est polyvalent, son signifié glisse selon le contexte :

Cheval de bois :

Signifiant : offrande votive à Athéna.

Signifié : machine de guerre, fiction incarnée.

→ Pour Troie, il est paix ; en réalité, il est mort.

Mât de navire → pieu du Cyclope :

Signifiant : élément de navigation.

Signifié : arme improvisée pour aveugler Polyphème.

→ L’outil de voyage devient instrument de salut.

Outre pleine de vents (chant X) :

Signifiant attendu : outre de vin (hospitalité).

Signifié réel : piège du destin (vents enfermés par Éole).

→ L’objet de plaisir devient objet de catastrophe (quand les compagnons l’ouvrent).

Linceul de Laërte :

Signifiant : textile funéraire (deuil).

Signifié : stratégie narrative (ajournement), puis filet mortel (les prétendants piégés par le temps qu’ils ont cru maîtriser).

2) Le signe homérique : écart entre voir et savoir

Signifiant trompeur : ce qui se montre (cheval, toile, outre) est conforme à la doxa (offrande, piété, hospitalité).

Signifié oblique : ce qui agit est autre (piège, ruse, catastrophe).

→ Homère dramatise l’herméneutique tragique : lire trop droit, c’est mourir.

3) Métis comme clé herméneutique

Odysseus survit parce qu’il lit autrement :

Il voit dans le mât un pieu.

Il nomme “Personne” (Outis) pour désactiver la vengeance.

Pénélope sauve l’oikos parce qu’elle plie le signe :

Le linceul devient fiction temporelle.

→ La métis est une sémiotique pratique : savoir que le sens est contextuel, non absolu.

4) Poétique du relatif

Homère fait du récit un tissage de signes :

Chaque objet est un nœud où se croisent plusieurs valeurs (rituel, technique, stratégie).

Le sens est processuel : il advient par usage, non par essence.

→ L’Odyssée est une leçon herméneutique : survivre = lire obliquement.

Idée finale

Le monde homérique n’est pas un système de signes fixes, mais un champ de métamorphoses :

Cheval, mât, outre, linceul : autant de formes mobiles dont le sens dépend de la métis.

Ceux qui croient au sens absolu (Troie, Cyclope, prétendants) périssent.

Ceux qui comprennent la relativité du signe (Odysseus, Pénélope) survivent.

Homère nous enseigne : le signe est action, non essence ; il est clé seulement pour qui sait tourner la serrure du contexte.


Odysseus/Pénélope : clés

 Entrer, sortir : montrer comment Homère fait du couple Odysseus/Pénélope celui qui détient toutes les clés et ouvre (ou maintient fermer) toutes les portes :

Cheval/linceul/lit/Cyclope/Charybde/rencontre avec Nausicaa…

*

Symétrie Odysseus/citadelle // prétendants/Pénélope



Minautore -> cheval

 Tentons un parallèle entre le labyrinthe de Dédale enfermant le minotaure et le cheval "monstrueux" enfermant Ulysse et ses compagnons 


Voici un parallèle riche entre le labyrinthe de Dédale et le cheval de Troie, deux figures de l’espace piégé et de la fiction incarnée :


1) Deux architectures de la ruse


Labyrinthe : construit par Dédale pour enfermer le Minotaure, monstre hybride (homme-taureau). C’est un espace clos, conçu pour égarer et retenir.

Cheval de Troie : construit par Epeios sous l’inspiration d’Athéna pour enfermer des guerriers (dont Odysseus). C’est un objet mobile, conçu pour tromper et introduire.

Commun point :

→ Ce sont des machines narratives : elles racontent une histoire (offrande votive, architecture sacrée) tout en mentant.

→ Elles sont des formes hybrides : animalisées (cheval, Minotaure) et techniques (charpente, labyrinthe).


2) Monstruosité et fiction


Le Minotaure est un monstre vivant, fruit d’un désir transgressif (Pasiphaé).

Le cheval est un monstre artificiel, fruit d’une intelligence transgressive (métis grecque).

→ Dans les deux cas, la forme animale est détournée :

Labyrinthe = prison pour le monstre.

Cheval = prison pour les hommes (qui deviennent eux-mêmes des “monstres” de ruse).

3) Métis et technè


Dédale : figure de la technè inventive, maître des détours (labyrinthe = espace de la complexité).

Odysseus/Athéna : figures de la métis, intelligence oblique qui plie la guerre par la fiction.

→ Les deux dispositifs convertissent la violence :

Labyrinthe = contenir la violence du Minotaure.

Cheval = retourner la violence contre Troie.

4) Symbolique du dedans/dehors


Labyrinthe : enferme le monstre, protège la cité.

Cheval : enferme les guerriers, détruit la cité.

→ Inversion dramatique :

Dans le mythe crétois, l’architecture sauve.

Dans le mythe troyen, l’architecture perd.

5) Poétique de l’assemblage


Les deux figures sont des allégories de l’invention :


Assemblage de formes hétérogènes (animal + artifice).

Production d’un effet disproportionné (un objet → une catastrophe ou un salut).

→ Elles illustrent la pensée grecque du détour : la victoire ou la survie ne vient pas de la force brute, mais de la forme qui trompe.

6) Mise en abyme narrative


Le labyrinthe est un récit spatial : on s’y perd comme dans une intrigue.

Le cheval est un récit matérialisé : il “dit” départ et “fait” invasion.

→ Homère et la tradition mythique réfléchissent sur la fiction comme puissance : ce qui fait croire fait agir.