Saturday, 27 December 2025

Minautore -> cheval

 Tentons un parallèle entre le labyrinthe de Dédale enfermant le minotaure et le cheval "monstrueux" enfermant Ulysse et ses compagnons 


Voici un parallèle riche entre le labyrinthe de Dédale et le cheval de Troie, deux figures de l’espace piégé et de la fiction incarnée :


1) Deux architectures de la ruse


Labyrinthe : construit par Dédale pour enfermer le Minotaure, monstre hybride (homme-taureau). C’est un espace clos, conçu pour égarer et retenir.

Cheval de Troie : construit par Epeios sous l’inspiration d’Athéna pour enfermer des guerriers (dont Odysseus). C’est un objet mobile, conçu pour tromper et introduire.

Commun point :

→ Ce sont des machines narratives : elles racontent une histoire (offrande votive, architecture sacrée) tout en mentant.

→ Elles sont des formes hybrides : animalisées (cheval, Minotaure) et techniques (charpente, labyrinthe).


2) Monstruosité et fiction


Le Minotaure est un monstre vivant, fruit d’un désir transgressif (Pasiphaé).

Le cheval est un monstre artificiel, fruit d’une intelligence transgressive (métis grecque).

→ Dans les deux cas, la forme animale est détournée :

Labyrinthe = prison pour le monstre.

Cheval = prison pour les hommes (qui deviennent eux-mêmes des “monstres” de ruse).

3) Métis et technè


Dédale : figure de la technè inventive, maître des détours (labyrinthe = espace de la complexité).

Odysseus/Athéna : figures de la métis, intelligence oblique qui plie la guerre par la fiction.

→ Les deux dispositifs convertissent la violence :

Labyrinthe = contenir la violence du Minotaure.

Cheval = retourner la violence contre Troie.

4) Symbolique du dedans/dehors


Labyrinthe : enferme le monstre, protège la cité.

Cheval : enferme les guerriers, détruit la cité.

→ Inversion dramatique :

Dans le mythe crétois, l’architecture sauve.

Dans le mythe troyen, l’architecture perd.

5) Poétique de l’assemblage


Les deux figures sont des allégories de l’invention :


Assemblage de formes hétérogènes (animal + artifice).

Production d’un effet disproportionné (un objet → une catastrophe ou un salut).

→ Elles illustrent la pensée grecque du détour : la victoire ou la survie ne vient pas de la force brute, mais de la forme qui trompe.

6) Mise en abyme narrative


Le labyrinthe est un récit spatial : on s’y perd comme dans une intrigue.

Le cheval est un récit matérialisé : il “dit” départ et “fait” invasion.

→ Homère et la tradition mythique réfléchissent sur la fiction comme puissance : ce qui fait croire fait agir.


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