cheval de bois comme clé d'une citadelle, mât de navire comme pieu aveuglant le cyclope, outre pleine de vents et non de vin, linceul (textus) comme récit puis comme filet mortel des prétendants : le sens homérique est contextué, relatif, et non absolu, et seuls ceux qui l'ont compris survivent
Votre remarque est extrêmement juste : Homère construit un univers où les objets ne sont jamais des absolus, mais des signes contextuels, dont le sens dépend de la situation, de la métis, et de la capacité à lire obliquement. Ceux qui échouent à interpréter ces signes meurent (les prétendants, le Cyclope), ceux qui comprennent survivent (Odysseus, Pénélope). Voici une analyse détaillée :
1) Objets homériques : formes mobiles, sens relatifs
Chaque objet emblématique de l’Odyssée est polyvalent, son signifié glisse selon le contexte :
Cheval de bois :
Signifiant : offrande votive à Athéna.
Signifié : machine de guerre, fiction incarnée.
→ Pour Troie, il est paix ; en réalité, il est mort.
Mât de navire → pieu du Cyclope :
Signifiant : élément de navigation.
Signifié : arme improvisée pour aveugler Polyphème.
→ L’outil de voyage devient instrument de salut.
Outre pleine de vents (chant X) :
Signifiant attendu : outre de vin (hospitalité).
Signifié réel : piège du destin (vents enfermés par Éole).
→ L’objet de plaisir devient objet de catastrophe (quand les compagnons l’ouvrent).
Linceul de Laërte :
Signifiant : textile funéraire (deuil).
Signifié : stratégie narrative (ajournement), puis filet mortel (les prétendants piégés par le temps qu’ils ont cru maîtriser).
2) Le signe homérique : écart entre voir et savoir
Signifiant trompeur : ce qui se montre (cheval, toile, outre) est conforme à la doxa (offrande, piété, hospitalité).
Signifié oblique : ce qui agit est autre (piège, ruse, catastrophe).
→ Homère dramatise l’herméneutique tragique : lire trop droit, c’est mourir.
3) Métis comme clé herméneutique
Odysseus survit parce qu’il lit autrement :
Il voit dans le mât un pieu.
Il nomme “Personne” (Outis) pour désactiver la vengeance.
Pénélope sauve l’oikos parce qu’elle plie le signe :
Le linceul devient fiction temporelle.
→ La métis est une sémiotique pratique : savoir que le sens est contextuel, non absolu.
4) Poétique du relatif
Homère fait du récit un tissage de signes :
Chaque objet est un nœud où se croisent plusieurs valeurs (rituel, technique, stratégie).
Le sens est processuel : il advient par usage, non par essence.
→ L’Odyssée est une leçon herméneutique : survivre = lire obliquement.
Idée finale
Le monde homérique n’est pas un système de signes fixes, mais un champ de métamorphoses :
Cheval, mât, outre, linceul : autant de formes mobiles dont le sens dépend de la métis.
Ceux qui croient au sens absolu (Troie, Cyclope, prétendants) périssent.
Ceux qui comprennent la relativité du signe (Odysseus, Pénélope) survivent.
Homère nous enseigne : le signe est action, non essence ; il est clé seulement pour qui sait tourner la serrure du contexte.
No comments:
Post a Comment